Nous sommes
de plus en plus nombreux à chanter, et pas seulement dans l’intimité de notre
salle de bains. Phénomène de mode ? Pas seulement. Chanter permet aussi de nous
ouvrir à nos émotions et de les exprimer en jouant sur le registre de notre
propre partition intérieure.
Aurions-nous
contracté le virus du chant ?
En solo dans notre voiture, dans la chorale de
notre quartier, sur le plateau de la “Star Ac’”, auprès de professeurs
chevronnés ou entre amis, nous sommes de plus en plus nombreux à aimer entendre
et faire entendre notre voix. « Il semble y avoir un véritable engouement pour
le chant aujourd’hui », confirme la chanteuse et compositrice Catherine
Braslavsky
Ce n’est d’ailleurs pas étonnant car chanter
fait beaucoup de bien aux citadins souvent stressés que nous sommes.
Serait-ce si
simple de se faire plaisir ? « Sincèrement, souligne la chanteuse, je ne crois
pas qu’il existe une parcelle de nous-même qui ne soit pas touchée par le chant
: corps, émotion, mental… Les vibrations du chant nous synchronisent, nous
harmonisent.
On se sent “unifié” comme par un massage.
Sans oublier une
dimension spirituelle… On a les pieds bien ancrés dans le sol, mais notre voix,
elle, nous élève. Dans un groupe, cette spiritualité est également très
présente. On se sent porté par la voix des autres.
Ancienne
chercheuse en mathématiques, Catherine Braslavsky est la preuve vivante que la
voix est un outil qui se forge et peut évoluer, même à l’âge adulte.
Cette
passionnée en est convaincue : tout le monde est capable de chanter juste.
Au
prix d’un peu de technique et à condition de se mettre à l’écoute de sa
"petite voix intérieure", celle qui fredonne en nous lorsque nous
nous réveillons le matin avec un petit air dans la tête.
« Notre
corps sait chanter », confirme Philippe-Nicolas Melot, qui refuse le titre de
"professeur de chant" et préfère dire qu’il « aide à faire naître les
voix ».
« A condition toutefois de favoriser un état de conscience adapté, de
lever les blocages et de faire circuler les énergies, que l’on dépense, mais
que l’on gagne aussi en chantant. J’ai vu le comédien Jacques Weber arriver à
une séance complètement vidé et repartir une heure et demie plus tard en
fredonnant dans la cour… Chanter est réellement euphorisant. »
« Dans le
chant, plus que la “beauté” de la voix, c’est son rapport avec l’émotion qui
nous touche », précise Catherine Braslavsky. Autrement dit, avant d’émettre de
jolis sons, il s’agit d’abord de se concentrer sur ses propres sensations, de
refuser les diktats et de trouver sa propre voix, sans chercher à imiter le
timbre d’un autre…
Bonne
nouvelle pour tous ceux qui ont envie de chanter : nul besoin de connaissances
musicales particulières pour tirer de sa voix un bien-être physique et
psychique. Et l’âge ne change rien.
« Chanter a été pour moi une thérapie. J’ai
l’impression de l’avoir toujours fait. Enfant, le chant m’apaisait et m’a
permis de canaliser mon trop-plein d’énergie et une certaine violence »,
raconte Sylvie Kapeluche qui, depuis, n’a jamais cessé de faire résonner sa
voix de soprano léger – elle fête cette année ses trente ans de scène. Sans
aller si loin, chanter fait parfois partie d’une véritable hygiène de vie.
«Cette pratique m’a permis d’apprendre
à mieux poser ma voix, ce qui m’est très utile lorsque je dois élever le ton.
Contrôler ma voix en évitant le dérapage dans les aigus me permet aussi de
rester maître de moi. »
Sans oublier
le bien-être physique sur lequel tous les chanteurs insistent. « Après deux
heures de chant, je suis vidée, comme après avoir fait du sport, et je dors
comme un bébé. C’est mon yoga à moi », poursuit Christine.
« Le travail de la
respiration est très physique, explique Catherine Braslavsky. L’inspiration
part du ventre, remonte jusqu’aux clavicules. Puis le thorax se vide et le son
glisse et s’appuie sur le souffle. Lorsqu’on chante, on a vraiment l’impression
de surfer sur cette vague de la respiration. »
Bien sûr,
les vertus du chant ne se limitent pas à ces aspects physiques et vibratoires.
« Le choix du répertoire permet d’exprimer ses émotions et d’apprendre à les
gérer », remarque Colette Billaux, psychophoniste.
Autrement dit, panser ses
chagrins en chantant les classiques de Barbara ou se doper le moral sous la douche
en interprétant les airs de Verdi est également salutaire !
Cependant,
une fois sorti de l’intimité de la salle de bains, reste à franchir une étape
indispensable : o-ser ! Car s’exposer aux regards – et aux oreilles – peut être
une véritable épreuve.
« Chanter devant quelqu’un d’autre, c’est accepter de
perdre le contrôle. Le pas est encore plus difficile à franchir si, durant
toute votre enfance, on vous a seriné que vous chantiez faux »
« Lorsque
l’on chante, on parvient à se laisser aller dans le plaisir de l’instant
présent et à se couper du mental. C’est une des raisons pour lesquelles chanter
fait autant de bien »Savourer le bonheur
d’être là, tout simplement ?
« Je répète souvent à mes élèves de ne pas avoir
peur de lâcher prise même si leur voix les surprend, souligne Sylvie Kapeluche.
Et que le chant, c’est aussi tout ce qui se passe dans les silences.
"Chanter rend vraiment heureux."
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