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jeudi 22 novembre 2012

Jacques Attali : "Diderot, mon frère"

Adepte du "gai savoir", il est aussi à l'aise dans la prospective que dans la peau d'un historien. Rencontre.
Jacques Attali.  
Jacques Attali. © Jean-Marc Gourdon / Fayard 
Jacques Attali n'est pas homme de demi-mesure. Inclassable, difficile de le mettre dans une case, il dérange, intrigue, fascine, surprend, tant ses passions, ses compétences et ses centres d'intérêt sont divers. Polytechnicien, énarque, ancien conseiller spécial du président François Mitterrand, créateur et premier président de la BIRD, président de PlaNet Finance, écrivain, romancier, essayiste, musicien, prenant sans cesse le risque d'être lui-même et de ne pas être compris, il n'est jamais là où on l'attend.

À l'image de Denis Diderot dont il vient d'écrire et de publier la biographie (Diderot ou le bonheur de penser, éditions Fayard). Diderot dont il nous parle comme d'un frère, d'un ami. Une intimité qui nous incite à mieux comprendre le philosophe des Lumières et qui jette un pont entre deux époques, qui se ressemblent finalement, tant il est urgent aujourd'hui, comme ce fut le cas au XVIIIe siècle, de repenser l'éthique de nos sociétés en s'appuyant sur plus de solidarité et de partage.



Pourquoi une biographie de Denis Diderot, plutôt que de Voltaire ou de Rousseau, ses contemporains ?
Pour moi, il est le plus important des trois. C'est un homme immensément intelligent, éclectique, touchant, un boulimique de travail, un puits de science, qui a bâti avec L'Encyclopédie le socle de la révolution politique, philosophique et économique de l'Europe. De plus, sa façon d'écrire des lettres d'amour me fascine. On ne peut pas, aujourd'hui, écrire des lettres d'amour sans s'inspirer des mille et une pirouettes dont il usait pour conclure ses courriers de manière tendre, sensuelle, élégante, ironique, sublime, et faire de chaque dernière phrase un chef-d'oeuvre. Enfin, la vie de Denis Diderot couvre mieux que celles de Voltaire et de Rousseau - partis de France pendant de longues périodes - l'histoire du XVIIIe siècle. De la fin du règne de Louis XIV à la veille de la Révolution française, Diderot a tout vu et tout compris, d'un monde qui s'achevait et d'un autre qui commençait. Il était un visionnaire, un précurseur, un polémiste exigeant. Libre des conventions, il refusait les compromis, défiait les grands de son temps. Il fut emprisonné à cause de sa liberté de penser. Enfin, il a été, grâce à L'Encyclopédie, le dernier homme à maîtriser tout le savoir de son temps. Tout cela en gardant intacte sa noblesse de coeur. J'aurais aimé avoir un ami tel que lui, si drôle, si savant, si humble.

Quels sont les points communs avec notre époque ?
Ils sont nombreux. La France est alors un pays riche, mais incapable de se réformer. Les élites sont assises sur des rentes. C'est le moment où la Chine, première puissance démographique, est très puissante ; où on note de très grands progrès technologiques ; où il existe une vague de poussées démocratiques, un peu comme ce qui se passe aujourd'hui ; où, grâce aux découvertes de Bougainville et de Cook, on pense, on invente la mondialisation. Des parallèles sont évidents entre nos deux époques. La France est alors bloquée, paralysée, sa situation budgétaire est catastrophique. Raconter Diderot et son oeuvre, c'est raconter le XVIIIe siècle qui est un siècle fondamental pour comprendre qui nous sommes, aujourd'hui.

Faut-il, aujourd'hui comme à son époque, repenser l'éthique de nos sociétés et s'appuyer sur plus de solidarité et de partage ?
Oui. Quand Diderot pense droits de l'homme, il les conçoit en termes de droits et de devoirs. Ce que nous avons oublié. Avant, dans le monde religieux par exemple, nous n'avions que des devoirs. Puis le phénomène s'est inversé et seuls nos droits furent pris en compte. Il faut un peu des deux. Nos devoirs sont les droits des générations suivantes. Diderot l'avait très bien compris. Il a conceptualisé dans L'Encyclopédie les droits et devoirs de l'homme de manière remarquable. Il y parle du colonialisme, de l'esclavage, de l'environnement, de la nécessité de protéger les cultures différentes...
Dans le même ordre d'idées, il a également inventé, magnifié et théorisé le concept d'indignation. C'est pour lui le moteur de l'histoire. Ce qui le poussera à écrire, quinze ans avant la Révolution, dans une lettre à Louis XVI, le jour de la prise de fonction du nouveau roi : "Si vous n'êtes pas capable de trancher dans l'intérêt du peuple, le peuple se servira du même couteau pour vous trancher en deux." Ce concept est toujours d'une actualité extrême. Il est, là encore, un précurseur.

Diderot, ou le bonheur de penser ! C'est quelque chose que nous n'apprenons plus aujourd'hui. Beaucoup ont peur de se remettre en question, du doute, de se confronter à eux-mêmes...
... et il y a aussi beaucoup de grands penseurs actuellement un peu partout dans le monde. La philosophie n'a jamais été aussi active, le débat intellectuel est très fort. Il faut simplement ne pas se laisser entraîner dans le vertige de la distraction et ne pas négliger la nécessité de penser, comme c'est souvent le cas.

Alors que penser est une activité gratuite, valorisante, source de jouissance. 
Penser, c'est apprendre à avoir une vie intérieure. 
Penser est un bonheur. Une forme extrême d'épanouissement. 
 Une activité humaine fondamentale qui nous distingue de l'animal. 
Penser est aussi un acte politique. Le droit et le devoir de penser font partie des droits et des devoirs de l'homme. 
Penser recoupe donc beaucoup de choses. 
Réfléchir. Une autre dimension de la pensée.
Méditer. Une manière de se concentrer sur la pensée en soi. 
Lire. Pour organiser sa pensée. 
Écrire, faire de la musique... 
Toutes les occasions peuvent être des prétextes pour penser.

C'était le cas pour Diderot qui cherchait sans cesse à assouvir ce bonheur de penser. En écrivant pour les autres, en polémiquant. Et comme on pense mieux à deux, soucieux d'aller plus loin dans l'exercice, il s'était inventé un double avec lequel il se confrontait. Dans deux livres non publiés de son vivant : Jacques le fataliste et Le neveu de Rameau, il parle avec cet autre lui-même qu'il a créé et se réfute. Car penser, c'est aussi assumer que l'on est contradictoire. La manière de penser de Diderot est toujours d'une grande modernité et un modèle pour l'avenir. Il est le seul philosophe des Lumières à être aussi inspirant, par ses idées comme par sa méthode, pour penser. C'est pour cela que je vais tout faire, l'année prochaine, tricentenaire de sa naissance, pour que ses cendres soient transférées au Panthéon. À côté de celles de Voltaire et de Rousseau. Pour qu'il ne soit plus oublié de l'histoire. Car nous lui devons beaucoup. Il a pensé avant d'autres les droits de l'homme, l'unité de l'espèce humaine, la mondialisation.

Dans "Le rêve de D'Alembert", Diderot écrit : "Tous les êtres circulent les uns dans les autres. Tout est un flux perpétuel..." N'est-ce pas ça, justement, le génie, de savoir prendre en compte cette réalité pour penser à partir de là le monde autrement ?
Le génie de Diderot a été sa folle audace scientifique et de comprendre avant Lavoisier, Darwin... que tout se conserve, tout se garde, que l'esprit et la matière forment un tout. Il est très discret là-dessus, mais en réalité il ne pense qu'à ça. Il est athée, mais il croit que l'esprit survit après la mort, qu'il existe une continuité de la conscience humaine et une force de l'esprit qui nous dépasse. C'est ce que l'on retrouve aussi chez les bouddhistes, chez Teilhard de Chardin. Diderot a une immense foi dans l'esprit. Pour lui, c'est la seule chose qui soit éternelle. Dieu pour lui, c'est l'esprit.

Et pour vous ? Êtes-vous croyant ? Quelle est la place de la spiritualité dans votre vie ?
Je suis croyant.
Il y a beaucoup de clés du royaume, beaucoup de voies. Pour moi, la spiritualité, c'est une manière de dialoguer avec l'invisible, de comprendre les forces que l'on a en soi, qui nous dépassent et qui nous relient aux autres.
D'une certaine façon, Dieu, pour moi, c'est la réunion des étincelles de bien qui existent en chaque être humain. La spiritualité aide à transcender les étincelles de mal qui existent également dans l'être, et à encourager, affermir, consolider le bien.

En ouverture de votre livre, ces mots de Diderot à Voltaire : "Il faut travailler, il faut-être utile"... Est-ce pour vous le sens de la vie ?
Diderot dit ces mots dans une lettre à Voltaire en refusant son invitation à dîner. "Il vient un temps où toutes les cendres sont mêlées. Alors, que m'importera d'avoir été Voltaire ou Diderot et que ce soient vos trois syllabes ou les trois miennes qui restent.
Il faut travailler, il faut être utile." Cette maxime me va très bien.

Que souhaitez-vous transmettre que vous avez appris de Diderot en le fréquentant ainsi ?
Le travail, la curiosité et le rire. 

Votre définition du bonheur ?
Avoir le privilège d'aider au bonheur des autres.

Vos clés du bonheur en pratique ?
Trouver toutes les occasions possibles d'être utile au bonheur des autres.

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Propos recueillis par
Diderot ou le bonheur de penser, par Jacques Attali. Fayard.

lundi 27 février 2012

Saint Exupéry, portrait d'un lyonnais

 
Antoine Marie Jean-Baptiste Roger de Saint-Exupéry, né le 29 juin 1900 à Lyon et disparu en vol le 31 juillet 1944, Mort pour la France, est un écrivain, poète et aviateur français.

 Son expérience de pionnier de l'aviation et de pilote de guerre lui donnera toute la légitimité pour délivrer son principal message :

« C'est par le dépassement de soi que l'on devient un Homme ».





Né dans une famille issue de la noblesse française, Antoine de Saint-Exupéry passe une enfance heureuse malgré la mort prématurée de son père. Élève peu brillant, il obtient cependant son baccalauréat en 1917 et, après son échec à l'École navale, il s'oriente vers les beaux-arts et l'architecture. 


Devenu pilote lors de son service militaire en 1921, il est engagé en 1926 par la compagnie Latécoère (future Aéropostale) et transporte le courrier de Toulouse au Sénégal avant de rejoindre l'Amérique du sud en 1929. Parallèlement il publie, en s'inspirant de ses expériences d'aviateur, ses premiers romans : Courrier Sud en 1929 et surtout Vol de Nuit en 1931, qui rencontre un grand succès.

À partir de 1932, son employeur entre dans une période difficile. Aussi Saint-Exupéry se consacre-t-il à l’écriture et au journalisme. Il entreprend de grands reportages au Vietnam en 1934, à Moscou en 1935, en Espagne en 1936, qui nourriront sa réflexion sur les valeurs humanistes qu'il développe dans Terre des hommes, publié en 1939.

Pendant la seconde Guerre Mondiale, en 1939, il est mobilisé dans l'armée de l'air et est affecté dans une escadrille de reconnaissance aérienne. À l'armistice, il quitte la France pour New York avec pour objectif de faire entrer les Américains dans la guerre et devient l'une des voix de la Résistance. 

C'est au cours d'une de ces missions, le 31 juillet 1944, que son avion disparaît au-dessus de la Méditerranée. Saint-Exupéry est reconnu "Mort pour la France". Son avion n'a été retrouvé qu'en 2004.
 
Un an plus tôt est paru "Le Petit Prince", son oeuvre la plus connue, un conte poétique et philosophique. Le narrateur est un aviateur en panne dans le Sahara : il va rencontrer un petit prince qui s'interroge sur l'absurdité du monde des adultes. 

Ecrit à New York pendant la guerre, est publié avec ses propres aquarelles en 1943 à New York et en 1945 en France. Ce conte plein de charme et d'humanité devient très vite un immense succès mondial.


Voir ses citations : http://www.saintexupery.org/

La plus connue : "Adieu, dit le renard. Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu'avec le cœur, l'essentiel est invisible pour les yeux."

vendredi 27 janvier 2012

Lire


Un mot si court et pourtant si chargé de promesses. Quelques secondes suffisent à l’évasion.

Lire peut devenir une passion, un passe-temps et pourquoi pas un jeu…

La littérature est une richesse inépuisable qui peut se transformer en une chose attirante, envoûtante.

Lire, c’est aussi s’évader. Ressentir la liberté.

Mais lire, c’est voyager, vivre dans l’imaginaire. Au détour d’une page, vous voilà  dans le monde de Robinson ! A moins que vous préfériez  l’envisager sous un comte de fée.

Laissons-nous porter, guider par cet assemblage de mots.